Toutes les tisanes ne se valent pas pendant la grossesse. La camomille vraie, dite matricaire, et le gingembre font partie des rares plantes que la synthèse officielle des autorités sanitaires n'écarte pas. La réglisse, le fenugrec, le séné, la rhubarbe et la grande camomille y figurent au contraire parmi les plantes à éviter. Pour la plupart des tisanes du quotidien, tilleul, verveine ou rooibos, aucune plante n'est nommément mise en cause, mais aucune synthèse détaillée ne les valide non plus.
Quelles plantes l'ANSES déconseille pendant la grossesse
L'ANSES a publié en juin 2023 un avis sur les compléments alimentaires à base de plantes, qui reprend, plante par plante, les mises en garde de l'Agence européenne du médicament (EMA) et évalue si elles s'appliquent aux produits vendus en France. Le texte intégral de l'avis détaille chaque plante. Le document distingue deux niveaux : une majorité de plantes pour lesquelles les données manquent chez la femme enceinte, par prudence par défaut, et une quinzaine de plantes pour lesquelles un usage est nommément déconseillé ou contre-indiqué, sur la base de données précises : effet hormonal, potentiel génotoxique ou tradition abortive.
| Plante | Verdict | Pourquoi | La version sûre |
|---|---|---|---|
| Camomille vraie (matricaire), en tisane | Autorisé | Explicitement exceptée de la réserve de grossesse dans la monographie retenue par l'ANSES | Telle quelle, en tisane |
| Gingembre (rhizome) | Autorisé | Usage traditionnel court reconnu sûr par la synthèse de l'ANSES pour les nausées | En poudre ou en tisane, sur une semaine au plus |
| Menthe poivrée (feuille) | Prudence | Contient de la pulégone et du menthofurane, deux composés surveillés pour leur potentiel cancérogène | Une tasse occasionnelle plutôt qu'une cure |
| Feuille de framboisier | Prudence | Tradition de fin de grossesse non confirmée par une donnée officielle | L'avis de votre sage-femme avant d'en faire une cure |
| Tilleul, verveine, rooibos, infusions de fruits | Prudence | Aucune plante nommément mise en cause, mais aucune synthèse détaillée ne les valide non plus | Une tasse à la fois, en variant les plantes |
| Réglisse (racine), et toute tisane qui en contient | À éviter | Effet hormonal ; l'ANSES demande de signaler toute consommation de réglisse pendant la grossesse | Une tisane sans réglisse dans la liste des ingrédients |
| Fenugrec (graine) | À éviter | Usage non recommandé pendant la grossesse et l'allaitement, faute de données rassurantes | Aucune, à écarter des mélanges |
| Séné, bourdaine, cascara, rhubarbe (racine ou écorce) | À éviter | Laxatifs à dérivés anthracéniques, dont l'usage est contre-indiqué pendant la grossesse | Des fibres alimentaires plutôt qu'une tisane laxative |
| Fenouil amer (graine, en tisane concentrée ou en complément) | À éviter | Usage non recommandé faute de données suffisantes | Le fenouil légume, cuit, que cette réserve ne concerne pas |
| Grande camomille (à ne pas confondre avec la camomille vraie) | À éviter | Usage non recommandé faute de données, allergies croisées possibles | La camomille vraie (matricaire), qui n'est pas la même plante |
Cet avis évalue d'abord des compléments concentrés : gélules, extraits, teintures. Une tisane occasionnelle est une exposition plus faible qu'une gélule dosée. L'ANSES ne fait pourtant pas de différence de principe entre les deux formes : en l'absence de donnée rassurante, le groupe de travail « Plantes » retient la même prudence pour la grossesse, sauf exception écrite noir sur blanc. Deux exceptions existent, et elles méritent d'être connues.
La camomille, l'exception qui rassure
La matricaire, aussi appelée camomille vraie ou camomille allemande, est l'une des quatre seules plantes pour lesquelles la monographie européenne retient une utilisation possible chez la femme enceinte. Le texte est précis : un complément alimentaire concentré à base de matricaire est à éviter pendant la grossesse faute de données, « à l'exception des infusions ». Une tisane de camomille n'est donc pas concernée par la réserve qui s'applique aux gélules et aux extraits du même nom.
Cette exception ne vaut que pour la matricaire. La grande camomille (Tanacetum parthenium), une plante différente malgré son nom proche, reste dans la catégorie des plantes à éviter faute de données, et l'ANSES signale par ailleurs des cas d'allergie croisée chez les personnes sensibles aux plantes de la famille des astéracées. Vérifier le nom botanique sur l'emballage, ou à défaut demander conseil à votre pharmacien, évite la confusion entre les deux.
Le gingembre, la plante la mieux documentée
Le gingembre a suivi un chemin inverse. L'EMA le déconseillait par précaution chez la femme enceinte, faute de données suffisantes au moment de sa monographie. L'ANSES a réexaminé la question à la lumière d'études plus récentes : une dizaine d'essais contrôlés menés depuis chez plus de 600 patientes enceintes, plusieurs méta-analyses, et l'avis de sociétés savantes de gynécologie-obstétrique qui reconnaissent l'usage du gingembre contre les nausées et vomissements de la grossesse. Aucun de ces travaux ne rapporte de faible poids de naissance, de trouble du développement ou de risque accru de fausse couche.
Conclusion de l'avis : une mise en garde n'est pas nécessaire pour les compléments alimentaires contenant du gingembre, « dans des conditions traditionnelles d'emploi, c'est-à-dire sur de courtes périodes », de l'ordre d'une semaine. C'est la plante la mieux documentée de tout l'avis pour la grossesse, et la seule pour laquelle l'ANSES revient aussi nettement sur la prudence par défaut.
Menthe poivrée et framboisier : une prudence qui n'est pas un refus
Deux plantes très présentes dans les tisanes du commerce restent en catégorie prudence, pour des raisons différentes. La feuille de menthe poivrée contient de la pulégone et du menthofurane, deux composés que l'ANSES surveille pour leur potentiel cancérogène ; c'est cette présence précise, et non un doute général sur la plante, qui justifie la réserve pendant la grossesse.
La feuille de framboisier suit une autre logique. Elle est traditionnellement bue en fin de grossesse pour « préparer » l'accouchement, mais aucune donnée citée par l'ANSES ne confirme cet usage, et l'avis la classe parmi les plantes à éviter faute de recul suffisant chez la femme enceinte, sans exception pour l'infusion cette fois. Nous ne pouvons donc ni confirmer un effet sur le travail, ni écarter un risque précis : c'est le jugement de votre sage-femme ou de votre médecin, qui connaît votre grossesse, qui doit trancher avant d'en faire une cure régulière en fin de terme.
Et les tisanes ordinaires, sans plante nommée ?
Tilleul, verveine, rooibos, infusions de fruits : aucune de ces plantes ne figure dans la liste des plantes à éviter de l'ANSES. Ce n'est pas la même chose qu'un feu vert détaillé : contrairement à la caféine, pour laquelle un repère chiffré existe, aucune autorité française ne publie de synthèse équivalente pour les tisanes du quotidien. L'absence d'alerte n'est pas une validation : c'est une zone que la recherche n'a simplement pas creusée de la même façon.
Un repère de bon sens reste utile : variez les plantes plutôt que d'en boire une seule en grande quantité chaque jour, et lisez la liste des ingrédients des mélanges « spécial grossesse » vendus en pharmacie ou en grande surface. Certains associent plusieurs plantes, parfois de la réglisse ou du fenouil, sans que l'étiquette l'annonce en gros caractères. Quand la composition n'est pas claire, vous pouvez photographier l'emballage avec MamaSafe Food pour obtenir un verdict ; nous expliquons par ailleurs comment scanner un aliment ou une étiquette pendant la grossesse.
Que faire si vous avez déjà bu une tisane déconseillée ?
Une tisane occasionnelle de réglisse ou de framboisier n'est pas comparable à une gélule concentrée : la quantité de substance active y est nettement plus faible. Ce n'est pas une raison pour continuer, mais ce n'est pas non plus un motif de panique.
Le geste utile est le même que pour un aliment déconseillé : arrêtez la tisane en cause, notez ce que vous avez bu et depuis combien de temps, et signalez-le à votre sage-femme ou à votre médecin lors du prochain rendez-vous. Notre page j'ai mangé un aliment déconseillé enceinte détaille la même logique pour l'alimentation, et le même réflexe s'applique : consultez sans attendre en cas de symptôme inhabituel, plutôt que d'essayer de l'interpréter seule.
Vos questions les plus fréquentes
Le thé vert compte-t-il comme une tisane ?
Non. Le thé vert contient de la caféine, contrairement au rooibos ou aux infusions de fruits qui n'en contiennent pas. Il s'ajoute donc au total de caféine de votre journée, au même titre que le café ou le thé noir, et non à votre consommation de tisanes. Notre article sur la dose de caféine à ne pas dépasser enceinte détaille les équivalences.
Les tisanes « spécial grossesse » vendues en pharmacie sont-elles sûres ?
Cela dépend entièrement de leur composition, qui varie d'une marque à l'autre. Aucun verdict unique ne peut couvrir tous les mélanges vendus sous ce nom : certains associent des plantes sans réserve connue, d'autres contiennent de la réglisse, du fenouil ou d'autres plantes de la liste ci-dessus. Le réflexe utile est de lire la liste des ingrédients et, en cas de doute, de la montrer à votre pharmacien ou à votre sage-femme avant d'en faire un usage régulier.
Peut-on boire une tisane de framboisier pour déclencher le travail ?
Aucune donnée citée par l'ANSES ne confirme cet effet, et l'avis classe la feuille de framboisier parmi les plantes à éviter faute de recul suffisant pendant la grossesse. Ce n'est ni un aliment toxique connu, ni un déclencheur de travail démontré : c'est une zone d'incertitude. N'en faites pas une cure de fin de grossesse sans en parler d'abord à votre sage-femme ou à votre médecin.
Si une tisane fait déjà partie de vos habitudes, gardez le réflexe qui vaut pour toute l'alimentation de la grossesse : une plante identifiée vaut mieux qu'un mélange dont vous ignorez la composition. Notre guide pratique pour bien manger pendant la grossesse pose le cadre plus large. Le prochain rendez-vous avec votre sage-femme ou votre médecin reste le bon moment pour lui montrer l'étiquette d'un mélange que vous voulez essayer, plutôt que de trancher seule sur la base d'une recherche en ligne à 23 heures.