Les textes que nous citons n'interdisent pas le soda light pendant la grossesse, mais aucun des textes que nous citons ne le recommande. L'EFSA juge l'aspartame sûr pour les femmes enceintes tant que l'apport reste sous 40 mg par kilo de poids et par jour. L'ANSES, de son côté, ne conclut ni à un risque ni à un bénéfice, et demande pour la population générale que les boissons édulcorées ne remplacent pas l'eau. Notre verdict : prudence. L'eau reste la boisson de tous les jours.
Peut-on boire un soda light quand on est enceinte ?
Aucun texte officiel que nous citons n'interdit les boissons édulcorées aux femmes enceintes, et l'EFSA juge l'aspartame sûr sous la dose journalière admissible. Mais aucun des textes cités ne les recommande, aucun ne fixe un nombre de verres à ne pas dépasser, et la seule boisson recommandée est l'eau.
La formule vient de Manger Bouger : « à table et en dehors des repas, l'eau est la seule boisson recommandée ». La page ne vise pas nommément les sodas light. C'est une règle générale, et c'est elle qui fait basculer le soda light en prudence plutôt qu'en autorisé. La même page note que certains sodas contiennent de la caféine : elle s'ajoute au total de votre journée, que détaille notre article sur la dose de caféine à ne pas dépasser enceinte.
Ce que l'EFSA conclut sur l'aspartame
En décembre 2013, l'EFSA a publié une réévaluation complète de l'aspartame (E 951). Sa conclusion, reprise sur sa page consacrée à l'aspartame : l'aspartame et ses produits de dégradation sont sûrs pour la population générale, y compris les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes. La dose journalière admissible est fixée à 40 mg par kilo de poids corporel et par jour, et l'exposition des consommateurs est estimée bien en dessous.
Pour 60 kg, 40 mg par kilo font 2 400 mg par jour. Combien de canettes cela représente, nous ne le dirons pas : la teneur varie d'une boisson à l'autre, l'ANSES rappelle qu'il est d'usage de combiner deux ou trois édulcorants, et aucun texte cité ne chiffre le contenu d'une canette. Un nombre de canettes serait inventé.
Ce que l'ANSES a mesuré en France va dans le même sens. Dans sa note d'étape de juin 2012, elle relève que 71,8 % des femmes enceintes interrogées (cohorte EDEN) consomment des édulcorants intenses, et que les apports, y compris chez les plus fortes consommatrices, ne dépassent la dose admissible d'aucun d'entre eux. Dans son avis de janvier 2015, l'édulcorant dont l'apport pèse le plus lourd rapporté à sa dose admissible, chez les femmes enceintes, est le cyclamate : 6,3 % en moyenne, 24 % pour les plus fortes consommatrices (95e percentile), selon son estimation.
L'étude danoise sur la prématurité, et pourquoi l'ANSES ne conclut pas
C'est elle qui a rendu la question inquiétante. Menée sur 59 334 femmes enceintes (Halldorsson, 2010), elle associe la consommation de boissons édulcorées aux accouchements prématurés induits, c'est-à-dire déclenchés par l'équipe médicale. Les femmes qui buvaient au moins quatre verres par semaine de boissons gazeuses édulcorées avaient un odds ratio de 1,78 (intervalle de confiance à 95 % : 1,19 à 2,66) par rapport à celles qui n'en buvaient pas. Pour les boissons édulcorées non gazeuses, il est de 1,29 (1,05 à 1,59). L'ANSES rapporte que l'augmentation du risque devient significative dès un à six verres par semaine pour les boissons gazeuses, et dès deux à trois verres par jour pour les non gazeuses, l'association étant plus significative à partir de quatre verres par semaine. Plus la consommation monte, plus elle est marquée.
Un chiffre pareil se lit avec ses réserves, et l'ANSES les énumère. Pour les boissons gazeuses, l'association n'apparaît que pour les accouchements induits, pas pour les prématurités spontanées. La consommation a été relevée par un auto-questionnaire non validé, les facteurs qui brouillent le résultat ne sont pas tous pris en compte, et l'étude ne dit pas pourquoi les accouchements ont été déclenchés. Conclusion de l'agence, citée telle quelle : il est « impossible, sur la base de cette seule étude, de conclure sur le risque d'accouchement prématuré lié à la consommation de boissons édulcorées gazeuses chez la femme enceinte ».
Les données publiées depuis n'ont pas changé ce constat. En 2015, l'ANSES le confirme, et cite une seconde étude, de plus de 60 000 femmes, qui suggère une association avec la prématurité, spontanée comme déclenchée, pour les boissons édulcorées et aussi pour les boissons sucrées, plus marquée encore pour celles-ci. Les auteurs de cette étude ne peuvent pas dire si ce sont les boissons qui en sont la cause ou d'autres facteurs. Les textes cités ne font pas du soda sucré une alternative plus sûre.
Verdict boisson par boisson
| Boisson | Verdict | Pourquoi | La version la plus prudente (repère du site) |
|---|---|---|---|
| Eau | Autorisé | Manger Bouger : la seule boisson recommandée, à table et en dehors des repas | Rien à ajouter, c'est la référence |
| Soda light, à l'occasion | Prudence | L'EFSA juge l'aspartame sûr sous la dose admissible ; l'ANSES souligne l'absence de bénéfice nutritionnel propre démontré chez la femme enceinte et ne conclut pas sur le risque | Rare, et jamais en remplacement de l'eau |
| Soda light, plusieurs fois par semaine | Prudence | Dans la cohorte danoise, l'augmentation devient significative dès un à six verres par semaine de boissons gazeuses édulcorées, et plus marquée à partir de quatre ; l'ANSES juge qu'on ne peut pas en conclure à un risque | Remplacer une partie des verres par de l'eau, et en parler à votre sage-femme |
| Soda sucré | Prudence | Une seconde étude suggère une association, plus marquée encore ; le PNNS demande de limiter les produits sucrés | L'eau, ou un verre occasionnel |
Aucune de ces boissons n'est classée à éviter, parce qu'aucun des textes cités ne l'écarte. Aucun ne donne non plus de nombre maximal de verres par semaine, et l'étude danoise voit une augmentation significative dès un à six verres par semaine de boissons gazeuses : la distinction entre « à l'occasion » et « plusieurs fois par semaine » est un choix éditorial de ce site, pas un seuil de l'étude ni un repère officiel.
Ce que l'ANSES recommande à la place, et ce qu'elle ne sait pas
Dans son avis de 2015, consacré à la population générale, l'agence écrit que les études disponibles ne permettent pas de prouver l'intérêt des édulcorants, quand ils remplacent le sucre, pour contrôler le poids, la glycémie des diabétiques ou l'incidence du diabète de type 2. Elle ajoute que « les boissons édulcorées, comme les boissons sucrées ne doivent donc pas se substituer à la consommation d'eau ». En 2012, pour la grossesse, elle soulignait déjà l'absence de bénéfice nutritionnel propre démontré et rappelait la recommandation du PNNS de limiter les produits sucrés, boissons comprises.
Reste ce qu'aucune autorité française ne dit. En 2012, l'ANSES notait qu'il n'existait pas de recommandation officielle sur les édulcorants intenses pendant la grossesse, et les textes cités n'en ajoutent pas depuis. Les textes de l'ANSES et de l'EFSA cités datent de 2012, 2013 et 2015 : nous n'avons pas trouvé d'avis français ou européen plus récent consacré aux édulcorants pendant la grossesse, ce qui ne prouve pas qu'il n'en existe pas. Et si vous avez un diabète gestationnel, la question se pose autrement : ces textes ne donnent pas de consigne française pour ce cas, c'est à l'équipe qui vous suit d'y répondre.
Phénylcétonurie : la dose admissible ne s'applique pas
L'EFSA précise que la dose de 40 mg par kilo ne s'applique pas aux personnes atteintes de phénylcétonurie, qui doivent suivre un régime strict pauvre en phénylalanine. Si c'est votre cas, la consigne sur les boissons édulcorées vient de l'équipe qui suit votre maladie, pas d'un article de site.
Si vous en avez déjà bu
L'ANSES ne conclut pas à un effet préjudiciable des édulcorants pendant la grossesse, mais elle juge de nouvelles recherches nécessaires. Parlez-en à votre sage-femme ou à votre médecin, au prochain rendez-vous ou plus tôt si l'inquiétude ne redescend pas. Si un symptôme inhabituel apparaît, appelez votre médecin, votre sage-femme ou la maternité plutôt que d'en chercher la cause dans vos boissons ; notre page j'ai mangé un aliment déconseillé enceinte décrit la conduite à tenir.
Notre repère, qui n'est pas un repère officiel : l'eau d'abord, le soda light rarement, et un mot à la sage-femme si la canette est devenue un rituel. Les boissons ne sont qu'un chapitre : le tableau des aliments pendant la grossesse donne le verdict des autres, et notre guide pratique pour bien manger enceinte pose le cadre d'ensemble.